Royal Belgian Society

Le « tourisme chirurgical »

- C'est une question qui se pose depuis quelques années avec l'avènement des nouvelles technologies d'information et de la démocratisation des vols moyens et longs courriers. Nous voyons fleurir des offres de « voyages esthétiques » dans certains pays d'Afrique, d'Europe de l'est ou encore d'Asie à des tarifs « étudiés ». Ces voyages sont présentés généralement par des publicités tapageuses, ventant des soins dans des lieux paradisiaques offerts à des tarifs très intéressants, de type « all inclusive ».

- Si la RBSPS atteste évidemment qu'il existe d'excellentes équipes médicales dans la quasi-totalité des régions du globe, il n'en reste pas moins qu'il faut garder à l'esprit quelques notions de prudence élémentaire :

La période préopératoire :

- La RBSPS rappelle qu'une consultation préopératoire directe avec le chirurgien qui doit personnellement pratiquer l'intervention est essentielle. Elle comporte, comme pour toute consultation préopératoire, quelle que soit la discipline chirurgicale, un interrogatoire complet, un examen physique détaillé et une discussion sur les indications et contrindications éventuelles, sur les choix des techniques proposées et sur leur complications potentielles.

- Cette consultation préopératoire ne saurait être remplacée par des échanges d'emails ou de photos par Internet ! Or c'est bien souvent ce que proposent les promoteurs de ces « voyages esthétiques », n'étant pas en mesure de faire venir leur patient deux fois dans leur établissement lointain. L'alternative parfois proposée est d'effectuer la première consultation préopératoire sur place, la veille de l'intervention.

Délai de réflexion :

- Or justement, après la consultation préopératoire, il est important de laisser au patient un délai de réflexion suffisamment long pour qu'il puisse mesurer en toute connaissance de cause les conséquences d'une décision opératoire éventuelle. Une première consultation préopératoire sur place la veille de l'intervention n'est donc assurément pas suffisante.

L'équipe et l'infrastructure sur place :

- Si on peut probablement se faire relativement facilement une idée sur les qualités d'un chirurgien (encore que…), il en est tout autrement de son équipe et de l'infrastructure qui l'entoure (anesthésiste, infirmières, matériel d'anesthésie, stérilité, facilités d'hospitalisation ou de réanimation en cas d'accident etc…). De jolies photos de salles d'opération ou d'une structure d'accueil avenante sur Internet ne sont évidemment aucunement un gage de qualité.

La période postopératoire :

- C'est probablement l'écueil le plus important. Tout chirurgien sait bien qu'après n'importe quel acte médical invasif, il peut survenir des aléas (effets secondaires inattendus) ou des complications. Ceux-ci peuvent être précoces ou tardifs. La majorité des aléas ou complications n'entrainent pas de problèmes à long terme à condition qu'ils soient gérés rapidement et professionnellement par l'équipe chirurgicale qui a pratiqué l'intervention. Cela n'est évidemment possible que si le patient se trouve à une distance raisonnable de son chirurgien. Nous sommes régulièrement des patients désemparés présentant des complications mal traitées, plus ou moins importantes, à la suite d'interventions pratiquées dans des pays lointains. Ces patients se sentent, à juste titre, abandonnés par leur équipe chirurgicale qui ne peut pas faire grand-chose du fait de la distance. Les frais qui en découlent peuvent être importants.

CONCLUSIONS :

- La RBSPS met donc en garde les patients contre ces pratiques qu'elle estime dangereuses. En tout état de cause, les patients qui voudraient malgré tout se faire opérer à l'étranger devraient s'assurer, avant de partir, de pouvoir être suivies à leur retour par des professionnels mis parfaitement au courant des détails de l'intervention prévue.