Royal Belgian Society

Prof P. Wylock

Editorial du Prof Paul Wylock, ancien Président de la Société Royale Belge de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique (2007)

La chirurgie plastique est véritablement née pendant la première guerre mondiale, lors de la mise au point d’opérations de reconstruction destinées à tenter de redonner une vie digne aux nombreux soldats victimes de mutilations faciales, les fameuses « Gueules Cassées ». A cette époque, l’utilité des travaux de pionniers célèbres tels que Gillies, Morestin ou Esser, était déjà largement reconnue.

Dans l’entre deux guerres, on a pu assister à la prolifération de chirurgiens plus ou moins compétents qui se sont intéressés à la chirurgie véritablement cosmétique (esthétique). Des personnalités connues, comme l’actrice Sarah Bernard, ont bénéficié d’interventions esthétiques, n’hésitant pas à faire publicité auprès du grand public de ce « travail de réparation » au travers des médias de l’époque. Il en a résulté un engouement pour le domaine de la chirurgie esthétique.

La deuxième guerre mondiale a mis un terme momentané à cette chirurgie de luxe. A cette occasion, l’aspect reconstructeur de notre profession a de nouveau été mis en lumière.

Avec l’immédiat après-guerre, des sociétés scientifiques de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique se sont organisées dans la plupart des pays.

En Belgique, il a fallu attendre 1955 pour que notre association se constitue grâce à l’action d’innovateurs comme le Dr Coelst, premier chirurgien plasticien dans notre pays.

Nous avons d’ailleurs célébré cette année, les 5 et 6 mai derniers, notre 50ème anniversaire en grande pompe au Palais du Cinquantenaire à Bruxelles. A cette occasion, notre association a reçu le titre de « Société Royale ».
La publication du livre commémoratif de cet anniversaire a eu un grand succès.

Nous avons voulu également marquer cet événement par la proclamation d’une charte (elle peut être consultée en cliquant ici) qui, entre autre, concerne les situations de malversation médicale dans le domaine de la chirurgie esthétique. En effet, nous pensons que notre pratique médicale relève d’une éthique professionnelle comme les autres disciplines médicales.

La presse a été particulièrement attentive à cette déclaration.

Cette dernière décennie et jusqu’à aujourd’hui, la chirurgie purement esthétique a largement gagné en popularité, comme elle l’était entre les deux guerres. De plus en plus de médecins, (pas toujours qualifiés) ont découvert les facettes lucratives de cette branche de la chirurgie plastique. Aujourd’hui comme par le passé, des personnalités en vue font appels aux plasticiens pour bénéficier d’interventions esthétiques, et les relatent en détail par la suite dans les médias. L’histoire se répète donc.
Nous avons tous prêté le Serment d’Hippocrate après nos études de médecine, et, de nos jours, le Serment de Genève. Pourtant, pour certains collègues, le contenu de ce Serment a manifestement perdu de sa pertinence, une fois commencée leur pratique de chirurgie plastique.
Au début de leur carrière, la plupart des jeunes collègues sont intéressés par la partie reconstructrice de notre profession : microchirurgie, chirurgie de la main… mais, une fois obtenue la reconnaissance officielle de leur spécialité après des années et des années de formation, leur intérêt primordial glisse inexorablement vers le domaine plus lucratif de la chirurgie esthétique. L’éditorial de L. Furlow dans le « PRS » (le plus important et sérieux journal de chirurgie plastique du monde) de décembre 2004 « Plasmetic Surgery » (1) enfonce le clou.
Les places plein-temps de médecins académiques universitaires, pourtant glorieuses et passionnantes, ne sont plus recherchées car la rémunération obtenue dans les hôpitaux privés dépasse de loin celle des centres médicaux universitaires. Nous en arrivons au point où il est devenu difficile de remplir les places académiques disponibles en chirurgie plastique.

« La chirurgie plastique académique peut-elle survivre ? » demandait l’américain R. Ruberg en 2004 (2)

J’en doute. Mais je ne veux pas être trop pessimiste. Il n’y a jamais eu de techniques de reconstruction aussi précises et efficaces qu’aujourd’hui. Il n’y a jamais eu autant de publications dans les nombreux journaux de chirurgie plastique qu’à ce jour. Il n’y a jamais eu autant de livres intéressants publiés dans notre domaine d’expertise. Notre profession témoigne d’un dynamisme créatif important parmi les disciplines chirurgicales.
De plus, nous sommes à la veillée d’évolutions scientifiques passionnantes. L’ingénierie tissulaire en est à sa phase de balbutiement… à n’en pas douter, nous entendrons parler dans l’avenir des nombreux champs d’application de l’utilisation des cellules souches.
Puis-je recommander d’être avant tout des « soignants », c’est notre vocation, c’est notre challenge. Après tout, nous ne voudrions pas voir dégénérer notre profession dans rien d’autre que du business profitable, n’est-ce pas ?

Prof. Paul Wylock

1. Plasmetic Surgery,
L. T. Furlow, Plastic and Reconstructive Surgery, 2004, 114, 1954-1958
2. Can academic plastic surgery survive?
R. Ruberg, Annals of Plastic Surgery, 2004, 52, 329-330